[anatèm] de Neal Stephenson, Prix Planète-SF des blogueurs 2019

[anatèm] de Neal Stephenson

Le 22 septembre 2019, le jury du Prix Planète-SF des blogueurs s’est réuni pour sa délibération annuelle. Ce temps d’échange a donné un résultat : cette année, le Prix revient à Neal Stephenson pour [anatèm].

Les genres de l’imaginaire sont vastes, féconds et par affinité comme par nature hybrides. La concaténation stérile des étiquettes qui les désignent ne suffit jamais à exprimer la vivacité d’un livre et encore moins celle d’une année littéraire : en ce sens, la short-list nominée en juin dernier témoignait d’un rapport exceptionnel rendu aussi bien par les membres du jury que par les blogueurs votants du Planète-SF. Cette short-list exceptionnelle a connu elle-même un traitement d’exception car émaillé de péripéties appelées à rester dans la mémoire collective du jury. Le livre de Stephenson était en lice contre quatre autres titres, et chacun des cinq avait ses atouts comme ses défauts : à la fin, [anatèm] devait prévaloir.

La science-fiction existe et s’épanouit dans la cohabitation qui s’établit entre les imaginaires de l’auteur et du lecteur. A travers ces relations fructueuses toujours répétées au fil du temps, la science-fiction a su acquérir des fonctions nouvelles sans jamais oublier les anciennes : elle forme ainsi un répertoire où les histoires les plus récentes se superposent aux récits mythologiques mais ne les effacent pas. Dans le palimpseste fonctionnel de la science-fiction, certains titres s’élèvent néanmoins à un statut plus élevé, celui de monstrum : ceux que le lecteur montre du doigt, car ils annoncent par leur seule existence une phase nouvelle de la réécriture du parchemin. Rien de moins.

La trame de l’[anatèm] de Stephenson est de résonances. Aux travaux des communautés monastiques de mathématiciens qui se trouvent au centre de l’intrigue répond un monde extérieur pas si différent du nôtre, et dont l’Histoire charrie son lot de terreurs et de paradigmes nouveaux ; à l’agitation de ce monde et aux troubles qui l’affectent répond la répétition des gestes et des raisonnements transmis au fil des millénaires. [anatèm] admet sa propre lenteur, qui n’est autre que celle du temps de l’esprit : en énonçant ses vingt-trois problèmes, Hilbert savait en 1900 qu’il orientait la recherche en mathématiques pour un siècle – et de la même façon, les mathématiciens de Stephenson savent que les idées ne fleurissent parfois qu’après une très longue germination.

[anatèm] est arrivé en francophonie précédé par sa propre réputation : Prix Locus 2009 et pourtant jamais traduit avant sa publication chez Albin Michel Imaginaire, il disposait déjà d’un statut à part. Au moment d’y entrer, le nouveau lecteur doit s’en douter : sous sa couverture signée Gaëlle Marco, c’est un monstrum qui l’attend – de ceux où la science-fiction remplit toutes ses fonctions, sans exception.

Bravo à Neal Stephenson pour avoir écrit ce livre magnifique et important qui ouvre une itération nouvelle dans les dialogues entre imaginaires, et bravo à son traducteur Jacques Collin pour avoir su à chaque fois faire les bons choix. Pareille conjonction d’efforts méritait bel et bien un Prix : c’est avec joie que le Planète-SF décerne le sien à [anatèm] !

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