Remise du Prix Planète SF des blogueurs 2019

De gauche à droite : Lhisbei, Gromovar, Gilles Dumay, Lorhkan, Lune, Anudar et Cédric. Photo prise par Tigger Lilly.

Samedi 2 novembre, en off d’un certain festival de SF nantais, le jury du Prix Planète SF des blogueurs a remis le Prix 2019.

En l’absence de Neal Stephenson, lauréat cette année avec son monumental roman [anatèm], son éditeur, Gilles Dumay, directeur d’Albin Michel Imaginaire, a reçu le trophée qui partira bientôt pour New York !

Bravo à Neal Stephenson pour son œuvre, à Jacques Collin pour la brillante traduction, et à l’éditeur pour la prise de risque.

[anatèm] de Neal Stephenson, Prix Planète-SF des blogueurs 2019

[anatèm] de Neal Stephenson

Le 22 septembre 2019, le jury du Prix Planète-SF des blogueurs s’est réuni pour sa délibération annuelle. Ce temps d’échange a donné un résultat : cette année, le Prix revient à Neal Stephenson pour [anatèm].

Les genres de l’imaginaire sont vastes, féconds et par affinité comme par nature hybrides. La concaténation stérile des étiquettes qui les désignent ne suffit jamais à exprimer la vivacité d’un livre et encore moins celle d’une année littéraire : en ce sens, la short-list nominée en juin dernier témoignait d’un rapport exceptionnel rendu aussi bien par les membres du jury que par les blogueurs votants du Planète-SF. Cette short-list exceptionnelle a connu elle-même un traitement d’exception car émaillé de péripéties appelées à rester dans la mémoire collective du jury. Le livre de Stephenson était en lice contre quatre autres titres, et chacun des cinq avait ses atouts comme ses défauts : à la fin, [anatèm] devait prévaloir.

La science-fiction existe et s’épanouit dans la cohabitation qui s’établit entre les imaginaires de l’auteur et du lecteur. A travers ces relations fructueuses toujours répétées au fil du temps, la science-fiction a su acquérir des fonctions nouvelles sans jamais oublier les anciennes : elle forme ainsi un répertoire où les histoires les plus récentes se superposent aux récits mythologiques mais ne les effacent pas. Dans le palimpseste fonctionnel de la science-fiction, certains titres s’élèvent néanmoins à un statut plus élevé, celui de monstrum : ceux que le lecteur montre du doigt, car ils annoncent par leur seule existence une phase nouvelle de la réécriture du parchemin. Rien de moins.

La trame de l’[anatèm] de Stephenson est de résonances. Aux travaux des communautés monastiques de mathématiciens qui se trouvent au centre de l’intrigue répond un monde extérieur pas si différent du nôtre, et dont l’Histoire charrie son lot de terreurs et de paradigmes nouveaux ; à l’agitation de ce monde et aux troubles qui l’affectent répond la répétition des gestes et des raisonnements transmis au fil des millénaires. [anatèm] admet sa propre lenteur, qui n’est autre que celle du temps de l’esprit : en énonçant ses vingt-trois problèmes, Hilbert savait en 1900 qu’il orientait la recherche en mathématiques pour un siècle – et de la même façon, les mathématiciens de Stephenson savent que les idées ne fleurissent parfois qu’après une très longue germination.

[anatèm] est arrivé en francophonie précédé par sa propre réputation : Prix Locus 2009 et pourtant jamais traduit avant sa publication chez Albin Michel Imaginaire, il disposait déjà d’un statut à part. Au moment d’y entrer, le nouveau lecteur doit s’en douter : sous sa couverture signée Gaëlle Marco, c’est un monstrum qui l’attend – de ceux où la science-fiction remplit toutes ses fonctions, sans exception.

Bravo à Neal Stephenson pour avoir écrit ce livre magnifique et important qui ouvre une itération nouvelle dans les dialogues entre imaginaires, et bravo à son traducteur Jacques Collin pour avoir su à chaque fois faire les bons choix. Pareille conjonction d’efforts méritait bel et bien un Prix : c’est avec joie que le Planète-SF décerne le sien à [anatèm] !

⇒ On en parle sur le forum du Planète-SF !

Les nominés du Prix Planète SF des blogueurs 2019

Le scrutin pour désigner la short list du Prix Planète SF des blogueurs 2019 est maintenant clos.

Les blogueurs et forumeurs ont voté et choisi :

  • [anatèm] de Neal Stephenson / Albin Michel Imaginaire (Traduction Jacques Collin)

Les membres du jury ont voté et choisi :

  • Bonheur TM de Jean Baret / Le Bélial’
  • L’Ours et le rossignol de Katherine Arden / Denoël – Lunes d’encre (Traduction Jacques Collin)
  • Le Roman de Jeanne de Lidia Yuknavitch / Denoël – Et d’ailleurs (Traduction Simon Kroeger)
  • Terminus de Tom Sweterlitsch / Albin Michel Imaginaire (Traduction Michel Pagel)

Comme vous le constatez, la short list contient non pas 4 mais 5 titres, car le jury a dû faire face à une situation inédite : des ex-aequo se sont glissés dans le vote. Les jurés ont donc décidé de constituer une short list à 5 titres. De beaux rattrapages en perspective pour cet été !!

La délibération finale du jury aura lieu en septembre. En attendant, rendez-vous sur le forum 😉

Prix Planète SF 2019 : un premier titre pour la short-list

Le vote des forumeurs pour le premier titre de la short-list est clos depuis minuit. Les forumeurs PSF ont décidé. Ils ont choisi [anatèm] de Neal Stephenson, paru chez Albin Michel Imaginaire, et traduit par Jacques Collin.

[anatèm] de Neal Stephenson est donc le premier livre à entrer dans la short-list du Prix Planète-SF des Blogueurs 2019.

Ce choix collectif maintenant connu, le cercle plus restreint des Jurés du Prix va rapidement sélectionner par un scrutin interne les trois autres livres qui composeront la short-list définitive (qui sera publiée sous peu) sur laquelle le jury délibèrera pour attribuer le Prix Planète-SF des Blogueurs 2019.

Outre  [anatèm], ont aussi obtenu au moins un suffrage (voire bien plus) :

American Elsewhere de Robert Jackson Bennett chez Albin Michel Imaginaire, traduit par Laurent Philibert-Caillat

L’Autre côté de Léo Henry chez Rivages

Bonheur TM de Jean Baret chez Le Bélial’

Le Chant du coucou de Frances Hardinge chez L’Atalante, traduit par Patrick Couton

Chevauche-Brumes de Thibaud Latil-Nicolas chez Mnémos

Complainte pour ceux qui sont tombés de Gavin Chait chez Le Bélial’, traduit par Henry-Luc Planchat

Conséquences d’une disparition de Christopher Priest chez Denoël Lunes d’encre, traduit par Jacques Collin

Diaspora de Greg Egan chez Le Bélial’, traduit par Francis Lustman

L’Empire des Soleri : Soleri de Michael Johnston chez Bragelonne, traduit par Jean-Claude Mallé

Enfants de la Terre et du Ciel de Guy Gavriel Kay chez L’Atalante, traduit par Mikael Cabon

Entends la nuit de Catherine Dufour chez L’Atalante

Les Étoiles sont légion de Kameron Hurley chez Albin Michel Imaginaire, traduit par Gilles Goullet

Les Fantômes du nouveau siècle : La Soupe aux arlequins de Jean-Philippe Depotte chez Les Moutons électriques

Les Gardiens célestes de Romain D’Huissier chez Critic

Les Gueules des vers de Jean-Christophe Gapdy chez Rivière Blanche

L’Insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang chez Fleuve éditions, traduit par Michel Vallet

Mers mortes d’Aurélie Wellenstein chez Scrinéo

L’Ours et le rossignol de Katherine Arden chez Denoël Lunes d’encre, traduit par Jacques Collin

Prise de tête de John Scalzi chez L’Atalante, traduit par Mikael Cabon

Provenance d’Ann Leckie chez Nouveaux Millénaires, traduit par Patrick Marcel

La Reine du diable rouge de Jean-Christophe Gapdy chez Pulp Factory

Le Roman de Jeanne de Lidia Yuknavitch chez Denoël, traduit par Simon Kroeger

Des Sorciers et des hommes de Thomas Geha chez Critic

Terminus de Tom Sweterlitsch chez Albin Michel Imaginaire, traduit par Michel Pagel

Tous les oiseaux du ciel de Jane Anders chez Nouveaux Millénaires, traduit par Laurent Queyssi

Merci à tous les votants !

Prix Planète SF 2019 : Le vote pour le choix des forumeurs commencera dès le 1er juin, préparez-vous !

Chers ami(e)s du PSF, blogueuses, blogueurs et lectrices, lecteurs,

Chaque année, les forumeurs choisissent l’un des quatre livres qui formeront la short-list du Prix Planète-SF.

Pour le Prix 2019, le vote sera possible entre le 1er et le 15 juin, et à cet effet, nous vous fournirons le lien vers un formulaire dédié.

Alors si vous avez des livres à rattraper avant cette date, ou une campagne à mener, c’est maintenant, les ponts de mai sont à vous :mrgreen:

Nous vous rappelons que tous les inscrits au forum peuvent voter pour un à trois livres éligibles (liste à retrouver par ici, et à étoffer par tous bien sûr !) Pour pouvoir voter, il faudra donner le lien de votre chronique pour les blogueurs, ou écrire un avis sur le(s) livre(s) choisi(s) directement sur le forum PSF pour les lecteurs non blogueurs.

Point règlement :

La sélection des forumeurs

Les membres forumeurs du PSF nominent un livre pour la short-list du Prix PSF. Les jurés PSF n’ont pas le droit de participer à cette phase.
Les livres arrivés en short-list l’année précédente ne sont pas nominables.
Le livre nominé par les forumeurs est déterminé par un vote.
Le système de vote secret est fourni aux forumeurs dès le 1er juin par le jury, et le vote est ouvert pour 2 semaines, du 1er au 15 juin.
Les forumeurs sont libres de faire toute campagne qui leur serait agréable, y compris avant l’ouverture du vote.
Il n’y a pas de préliste. Chaque forumeur qui le souhaite désigne de 1 à 3 livres, classés s’il y en a plusieurs. Le(s) livre(s) désigné(s) doit avoir été chroniqué(s), au moins brièvement sur le forum, par celui qui le(s) désigne.
Le livre désigné en premier (le préféré) score 3 points, l’éventuel second 2 points, l’éventuel troisième 1 point. Les comptes sont faits par le jury au vu des votes reçus.
A l’issue des deux semaines de vote, celui-ci est déclaré clos et l’ouvrage ayant obtenu le plus de points est désigné publiquement comme Choix des Forumeurs (en cas d’égalité de points, le jury est souverain pour déterminer un moyen de départage qui sera rendu public). Le Choix des Forumeurs est le premier ouvrage désigné de la short-list du Prix PSF.

Le jury reste à votre disposition pour toutes questions, par ici ;)

La cinquième saison – Cérémonie de félicitations pour le Prix PSF 2018

Les Utopiales 2018 ont été l’occasion de féliciter chaudement Thibaut Eliroff pour la publication de La cinquième saison, de N. K. Jemisin, traduit par Michelle Charrier.

Cet excellent roman à la lisière de deux genres est le premier tome d’une trilogie si brillante qu’elle a gagné trois prix Hugo consécutifs.

Ce premier tome a aussi gagné le Prix Planète-SF des Blogueurs 2018.

N. K. Jemisin ne passant pas en France pour le moment, le jury a donc été très heureux d’exprimer un satisfecit sincère à l’éditeur français de la dame et en a profité pour lui poser trois petites questions.

Gauche à droite : C. Jeanneret, Lhisbei, T. Eliroff, Gromovar, Lorhkan, Anudar
Photo C. Schlonsok

1. Comment le choix de publier « la cinquième saison » et le reste de la trilogie s’est-il effectué ?

De manière assez classique : l’agent de l’auteur m’a envoyé le tome 1, je l’ai fait lire à un lecteur qui m’en a dit beaucoup de bien, je l’ai lu à mon tour et l’ai trouvé formidable, et nous avons acquis les droits de publication de la trilogie entière. Le roman figurait déjà parmi les finalistes du prix Hugo, ce qui est en général plutôt bon signe.

T. Eliroff et Gromovar encadrent La cinquième saison, Prix PSF 2018 – Photo C. Schlonsok

2. Les retours des lecteurs vous ont-ils surpris ?

Je suis tombé sur quelques réactions carrément misogynes. Des lecteurs se sont visiblement émus du fait que la plupart des personnages sont des femmes et y ont vu un manifeste féministe, voire un complot du grand tout… Je suis tombé de ma chaise ! Mais au-delà de ces quelques illuminés, les réactions des lecteurs ont été bonnes. Ce n’était pas gagné : quand un livre est autant auréolé par la critique, on l’attend au tournant.

3. Quelles thématiques de la série vous parlent le plus ?

Il y en a beaucoup. J’ai toujours été impressionné par les planet opera à très long terme ; Helliconia de Brian Aldiss, par exemple, m’avait énormément marqué.

Pour en revenir à La cinquième saison, imaginer un avenir si lointain et le rendre crédible (compte tenu des bouleversements géologiques dont je ne dévoilerai pas ici l’origine pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l’ont pas encore lu), sans pour autant en faire un catalogue de ce qui nous attend, est un tour de force.

Par ailleurs, une des plus grandes réussites de l’auteur est d’avoir su adapter la psychologie de ses personnages à leur environnement. Les pensées et les réactions des protagonistes peuvent parfois nous apparaître étranges, mais en réalité elles sont logiques si l’on tient compte de ce qu’ils vivent et de la façon dont l’espèce a évolué. Cela influence les relations entres les êtres, au sein du couple, de la famille, du groupe… Il y a une dimension presque sociologique dont on finalement assez peu parlé, mais qui me semble centrale.

Nous remercions encore une fois Thibaut Eliroff pour la sympathique petite cérémonie, et nous souhaitons longue vie et prospérité au roman et à ses suites.

Le jury entoure Thibaut Eliroff – Photo C. Schlonsok